FIN DU BLOG

J'ai pris la décision, trois ans après la création de mon blog, de mettre un point final à cette sympathique expérience. Mes raisons sont nombreuses et il n'est pas utile de s'étendre. J'ai commencé à retirer progressivement une centaine d'articles publiés dans ces pages. Il est temps pour moi de passer à autre chose. Je préfère me consacrer entièrement à mes occupations universitaires et professionnelles. Je remercie très sincèrement toutes celles et ceux qui ont suivi avec assiduité l'évolution de ce blog, l'ont trouvé utile ou ont apporté leur contribution aux débats.
Bonne nouvelle année 2009 à tous.

Chady
# Posté le mercredi 31 décembre 2008 04:19
Modifié le lundi 15 juin 2009 07:14

ISRAEL-PALESTINE: DE LA NECESSITE DE CONCENTRER LES EFFORTS SUR L'EPICENTRE DU CONFLIT

ISRAEL-PALESTINE: DE LA NECESSITE DE CONCENTRER LES EFFORTS SUR L'EPICENTRE DU CONFLIT
Photo AP: Enfant marchant au dessus du Mont des oliviers faisant face au Dôme du Rocher (situé dans la vieille ville de Jérusalem).

Nota bene : Ce billet est extrait de mon mémoire intitulé "Des conflits asymétriques à la guerre globale: quels choix stratégiques pour Israël?" (215 pages) sous la direction du Colonel Jean Louis Dufour. En dépit de la spécialisation "études stratégiques et politique de défense" qui est la mienne, j'ai préféré faire partager un petit extrait qui aborde la question israélo-palestinienne sous un angle plus commun, c'est à dire avant tout politique/sociologique. Des aspects hautement stratégiques et militaires sont bien sûr prioritairement exposés dans mon travail de recherche (s'agissant notamment des récentes programmations militaires de Tsahal, l'évolution de la doctrine militaire israélienne, la stratégie à moyen terme des Gardiens de la Révolution islamique et de leurs satellites régionaux etc.) mais il me semblait plus opportun de publier dans ce blog une réflexion qui n'exige pas aux visiteurs d'être familiers avec certaines théories et notions militaires et stratégiques. Néanmoins, pour ceux que le sujet intéresse, je publierai peut-être des billets présentant quelques ouvrages de référence traitant des guerres classiques et conflits post-modernes ( dits aussi "non-conventionnels" et "asymétriques").]
Cet extrait est une des sous-parties d'une section consacrée aux "alternatives à l'usage de la force" (donc "les stratégies indirectes ou politiques") dans le contexte sécuritaire israélien.



La solution de deux Etats surviendra t-elle plus vite que prévu ?

Le conflit israélo-palestinien a depuis toujours débordé sur l'extérieur, engageant des régimes arabes limitrophes aux objectifs différents, et rarement animés d'un pur esprit de solidarité et de fraternité désintéressée à l'égard des Palestiniens. Inversement, les pionniers juifs surent puiser dans leur histoire le ferment d'une renaissance nationale, d'un utopisme volontariste et collectif qui, à leur sens, méritait qu'ils se battissent jusqu'au bout pour lui. Alors que le sionisme était déjà solidement ancré dans les consciences, puisqu'élaboré sur la base d'une vision stratégique cohérente, englobant divers courants politiques et intellectuels (dont, par exemple, le courant sioniste révisionniste de Jabotinski), le panarabisme de son côté était encore balbutiant. Même les échecs militaires successifs de ses parangons n'auront suffi à les convaincre de renforcer leurs liens politiques et d'enrayer les égoïsmes nationaux et les rivalités entre l'Egypte nassérienne et l'Arabie Saoudite. Les Palestiniens ont été les premiers laissés pour compte des guerres israélo-arabes. Ce n'est qu'à partir de 1969, alors qu'Arafat reprenait les rennes de l'OLP - imaginée au départ comme un instrument panarabe agissant pour le compte de la Ligue arabe - que les Palestiniens ont commencé peu à peu à s'approprier une cause qui était, il va sans dire, avant tout la leur . Les migrants juifs de l'après seconde-guerre mondiale, religieux comme laïcs, étaient à peine sortis des camps qu'ils étaient déjà volontaires et prêts à mourir pour voir l'Eretz Israël renaître du fond d'un imaginaire contrarié. Nombre d'entre les rescapés n'avaient, pour ainsi dire, « plus rien à perdre » après 1945. Israël était pour eux un « paradis » sur une terre que les voisins arabes, les monarchies égyptiennes et jordaniennes percevaient avant tout comme un gâteau qu'ils pouvaient se partager moyennant un accord équitable avec les sionistes. La guerre d'honneur n'était qu'une façade, leur permettant de sauver la face et surtout de négocier dans une position plus favorable, au détriment des Palestiniens.
Aujourd'hui, peu de lignes ont bougé (hormis celles des frontières de l'armistice de 1948). Les deux Intifada ont permis à la cause palestinienne de faire quelques pas vers une autonomie renforcée, mais l'impression générale est plutôt celle de deux peuples qui avancent toujours à reculons. Certes, il y a eu dans la foulée le processus d'Oslo grâce auquel le transfert de responsabilité d'Israël vers l'autorité palestinienne a pu s'opérer avec des succès très relatifs. D'abord avec Jéricho (première ville passée sous administration palestinienne en 1994 avant d'être réoccupée durant l'Intifada puis rendue à l'AP le 16 mars 2005), Gaza et d'autres villes de Cisjordanie. Depuis, Israël a dû faire des concessions difficiles, notamment sous le gouvernement d'Ehud Barak en 2000 et sa décision prise contre l'avis des militaires de retirer ses troupes du Sud-Liban. La décision unilatérale d'Ariel Sharon de démanteler les colonies de Gaza en 2005 procède du même esprit. Cela n'a pourtant pas suffi à détendre les relations entre Israël et son proche voisinage puisque la colonisation de Jérusalem-Est et de la Judée-Samarie s'est poursuivie de plus belle. Témoins de la réussite du Hezbollah, l'Iran et la Syrie y ont vu une formidable opportunité de récupérer la résistance antisioniste abandonnée par les adversaires arabes historiques (l'Egypte et la Jordanie) pour servir leurs intérêts individuels régionaux, avec une seule et même antienne, dont on pourrait difficilement réfuter la justification morale : « la résistance est légitime tant que les Palestiniens sont occupés et privés de leur droit à un Etat ». La position des dirigeants du Hezbollah est, à ce sujet, sans équivoque : quand bien même Israël libérerait les zones qu'il occupe (les fermes de Chebaa, les villages de Kfarchouba et de Ghajar, (petite localité située à la frontière libano-syrienne), la résistance islamique au Liban ne baisserait jamais ses armes tant que la région et la nation libanaise ne disposeraient pas des capacités de tenir tête à une potentielle invasion israélienne. Celle-ci se tiendrait prête à affronter à tout moment « l'entité sioniste agressive » si l'envie lui revenait de s'emparer à nouveau de terres arabes libérées. Le motif ou « prétexte » (selon les points de vue) à la résistance de l'axe trinitaire Hezbollah-Iran-Syrie se fonde initialement et "officiellement" sur la situation d'occupation et de déni que subissent les Palestiniens.
Israël doit donc avant tout résoudre son conflit domestique d'avec les Palestiniens, car c'est le seul moyen d'obtenir une paix régionale qu'il a parfois frôlée, mais qu'il n'a pas su saisir au bon moment. Seul moyen, également, de couper les liens qui existent entre le Hamas et ses alliés libanais, syriens et iraniens. Une fois ce problème central résolu et les territoires arabes rétrocédés, aucun d'eux n'aura d'argument valable pour chercher querelle à l'Etat hébreu. La part de responsabilité palestinienne dans l'échec des négociations de paix est indéniable, mais c'est davantage à Israël que l'impasse actuelle est imputable car ses dirigeants ont, comme l'a souligné Ehud Olmert dans ses récentes déclarations, « toutes les cartes en main », et ce, depuis1967.
Israël reste un géant aux pieds d'argile. Militairement, celui-ci a souvent eu, sans trop de peine, le dessus sur ses ennemis arabes mal organisés et divisés, mais ses gains politiques et stratégiques depuis la première guerre civile libanaise jusqu'à la seconde en 2006 sont très maigres ou négatifs. Ses ennemis ont désormais un avantage majeur sur lui: ils ont à nouveau confiance en eux car ils savent qu'Israël n'est pas infaillible, et certains responsables antisionistes, notamment les deux principaux leaders du Hezbollah, Hassan Nasrallah et Cheikh Naïm Kassem, n'hésitent pas à le traiter « de Tigre de papier », à le railler, en répétant à l'envi que les menaces proférées par le gouvernement israélien ne leur font pas peur.
En 2007, la conférence d'Annapolis n'a pas permis de relancer le processus de paix en panne, car Israël n'a pas respecté ses engagements déjà inclus dans la fameuse « Feuille de route » de 2003, à savoir « mettre fin à la colonisation », tandis que les activistes palestiniens n'ont aucunement renoncé aux attaques contre Israël. Difficile dès lors de comprendre d'où a pu provenir ce grand optimisme manifesté par les parties prenantes de ce processus. Car comment une approche stérile et intransigeante qui a mené à l'échec en 2000 et en 2003 pouvait réussir en 2007, à plus forte raison dans un climat de discorde entre factions palestiniennes ?
Hier relativement unifiée, la représentation palestinienne est désormais bicéphale et tout « accord de paix » signé à l'arraché se verrait dès lors considéré comme non-avenu par plus de la moitié de la population palestinienne. Ne pas reconnaître la validité des élections qui ont porté le Hamas au pouvoir en 2006, et décider d'exclure du dialogue ceux qui reconnaissent ce parti comme leur représentant légal, équivaut à entamer un dialogue partiel et caduc, et obtenir des résultats qui le seront tout autant. Israël semble résolu à ne pas accepter d'autre interlocuteur que l'autorité moribonde de Mahmoud Abbas. Mais plus Israël isole le Hamas, plus il affaiblit contre toute attente son "allié modéré" du Fatah. La relative accalmie observée dans la bande de Gaza soumise à un embargo (et obtenue grâce à la trêve signée en juin 2008) devrait pourtant convaincre Israël que le Hamas est capable de dialoguer si on lui donne la chance de sortir de son isolement. Par le passé, le Hamas n'avait d'ailleurs jamais fait grief au Fatah de prendre langue avec Israël tant que cela lui permettait d'obtenir quelque concession ou amélioration des conditions de vie des Palestiniens, sans bien entendu, remettre en question le bien-fondé de la résistance armée. Mais est-ce que l'Etat hébreu souhaite être mis au pied du mur en ouvrant un dialogue avec le Hamas et en se voyant moralement tenu de décoloniser?
C'est à force de temporiser, de laisser la situation à Gaza empirer et les relations inter-palestiniennes s'envenimer, qu'Israël entretient le cycle infernal de la violence et des représailles. Quand une forme de menace terroriste est endiguée, une autre apparaît sur les cendres (encore ardentes) de la première, c'est ce qui a été observé durant l'été 2008 à Jérusalem-Est et en Judée-Samarie.
Deux solutions sont donc envisageables et restent au demeurant inchangées depuis le plan de partage proposé par les Nations Unies en 1947: la première - la plus réaliste -, consiste à ½uvrer à la création « de deux Etats indépendants pour deux peuples ». Ce principe a été édicté, accepté (verbalement tout du moins) et appuyé dès 1993 par l'administration Clinton, mais n'a jamais été suivi de réels efforts de part et d'autre. Ou alors, - solution idéale -, envisager la création « d'un seul Etat pour deux peuples », ce qui reviendrait ipso facto à abandonner l'idée de la « spécificité juive » de la nation au profit d'un « Etat binational, laïc, mixte et multiconfessionnel ». Cette idée, qui n'est pas nouvelle, est soutenue par une minorité de juifs et de Palestiniens pacifistes, et n'est réalisable qu'à la condition que la réconciliation entre les deux peuples soit effective et que la menace de la « bombe démographique » palestinienne ne soit plus perçue comme telle par les Israéliens.
Israël doit également abandonner toute idée de naturalisation automatique des réfugiés palestiniens vivant dans des camps à l'étranger, ou d'expulsion massive de ces populations vers le Sud Liban ou la Jordanie pour faire de ces régions une « nouvelle Palestine ». Les risques de guerres identitaires y sont bien trop grands, surtout au Liban où les « jeux d'équilibres » entre les partis et communautés confessionnelles sont aussi nombreux que délicats.
Dans le cadre d'une souhaitable coexistence entre deux Etats distincts dont les peuples ont laissé les haines se cristalliser décennie après décennie, un accord de « bon voisinage » (qui n'implique pas forcément une réconciliation cordiale) devrait sans doute suffire. A l'heure actuelle, cette option paraît être la plus crédible et la plus rapidement réalisable.
Force est de reconnaître qu'un seul Etat de type laïc, fédéral, judéo-arabe, comporterait plus d'un avantage, évitant notamment aux deux peuples de se retrouver dans deux Etats qui seraient évidemment trop petits pour y accueillir des millions de juifs de la diaspora et de réfugiés palestiniens. Cette exigüité serait de nature à entraîner à coup sûr des frictions, des escarmouches quotidiennes aux frontières, voire de nouvelles guerres. Pour parer à cette éventualité, et quelle que soit la configuration choisie, la solution pratique et décisive consisterait en un élargissement des frontières de l'actuel territoire israélien. Décision qui impliquerait un sacrifice symbolique de la part de la Jordanie, de la Syrie et de l'Egypte limitrophes, visant à agrandir la Bande de Gaza, à offrir une partie de la Jordanie actuelle afin d'agrandir la Cisjordanie et placer cette extension sous contrôle palestinien. Ce « don » devrait permettre de créer une ou deux entités politiques équilibrées démographiquement et bien entendu totalement indépendantes.
Ainsi les deux peuples bénéficieraient d'un espace de taille suffisante pour assurer leur développement individuel et rendre enfin acceptable pour Israël le droit au retour des réfugiés palestiniens qui est une constante dans les exigences palestiniennes. Ce droit individuel autorisant chaque Palestinien à regagner la terre d'où ses parents et grands-parents furent chassés en 1948 a souvent prévalu sur la dimension ou construction proprement « nationale » du projet palestinien. Les Palestiniens ne souhaitent pas non plus forcément voir la bande de Gaza et la Cisjordanie retomber sous tutelle égyptienne et jordanienne comme ce fut le cas de 1948 à 1967 et 1988. Néanmoins beaucoup d'entre eux ne verraient pas d'un mauvais ½il le rattachement géographique et administratif de la Cisjordanie à la Jordanie (dont les habitants sont, il est vrai, à plus de 70% d'origine palestinienne) dans le cadre d'une fédération ou d'une confédération arabe . Cette fusion de la Cisjordanie avec la Transjordanie serait une sorte de redite de l'annexion de la Palestine arabe/Cisjordanie par le roi Abdallah le 24 avril 1950 qui avait donné naissance au « Royaume hachémite de Transjordanie ». Une réunification qui dura jusqu'en 1988.
A l'heure où le rêve d'un Etat palestinien est gravement compromis par le développement exponentiel de colonies de peuplement, la forme de la solution politique apparaît de plus en plus secondaire pour un grand nombre de Palestiniens aux yeux desquels l'essentiel est d'être libérés de l'insupportable situation d'errance et d'occupation, d'obtenir la garantie d'un droit au retour sur leur terre et de faire reconnaître à la communauté internationale l'injustice qu'ils ont endurée depuis 60 ans. Ce sont les principes d'indépendance, de « reconnaissance de l'indéniable caractère arabe/palestinien » du territoire, et de « réparation morale » plus que la formation d'un Etat-nation dans son acception occidentale, et telle que promue par Yasser Arafat, qui anime plus que tout les masses palestiniennes.


La réconciliation inter-palestinienne ou la fin du "diviser pour mieux régner"


Tzipi Livni – qui a remplacé Ehud Olmert à la tête de Kadima - a exclu dès son élection, toute négociation avec le Hamas. Une intransigeance qui ne peut que faire perdurer le blocage du processus de paix et priver les Palestiniens d'une unité politique. Si Israël veut négocier la paix, il lui faut nécessairement avoir pour interlocuteur un gouvernement palestinien représentatif de l'ensemble de la population palestinienne, et parlant d'une seule et même voix. Pour ce faire, Israël doit montrer qu'il est prêt à tourner une page historique en intégrant le Hamas dans les pourparlers. Ce dernier, au vu de la misère qui ravage Gaza, ne refuserait sans doute pas des négociations, fussent-telles indirectes, pour peu qu'elles contiennent des propositions et des assurances concrètes. Bien entendu, le Hamas ne rompra pas de sitôt avec sa «sensibilité révolutionnaire et pan-islamique » ni n'abrogera certains points fondamentaux de sa charte. Cependant, son obstination à ne pas reconnaître Israël ne doit pas être présentée par l'Etat hébreu comme un « obstacle insurmontable » dans les négociations, d'autant plus que la reconnaissance officielle de l'Etat hébreu par l'OLP à la fin des années 80 ne lui avait pas non plus suffi à obtenir la création d'un Etat souverain et le retour des réfugiés.
Quand bien même les factions palestiniennes les plus récalcitrantes persisteraient dans le refus de reconnaître (oralement) la « légitimité de la présence israélienne », celles-ci seraient quand même obligées de respecter des frontières décidées d'un commun accord, sous l'égide d'instances juridiques régionales et internationales. C'est là, la seule façon de recouvrer intégralement et durablement leur identité, le droit de vivre décemment et en paix dans leur propre Etat, d'avoir accès à leurs lieux saints et de travailler sans contrôles permanents, privations et autres humiliations qui sont leur lot quotidien.
Dans une perspective de séparation définitive et non de coopération renforcée, la rudesse des positions idéologiques du Hamas n'auront probablement aucun impact réel sur les événements, dans la mesure où celui-ci aura tout intérêt à s'abstenir de reprendre les hostilités afin d'éviter de revenir au point de départ. Il est, de toute façon, difficile d'imaginer qu'après plus de six décennies de conflit sanglant, ces deux peuples puissent être capables du jour au lendemain (ou dans un avenir proche) de concevoir une coopération étroite et cordiale, débarrassée de leurs vieux démons. La haine, la peur et la méfiance mutuelle qui se sont accrues des deux côtés année après année laisseront sans doute pour très longtemps des traces vivaces dans les esprits. Les Israéliens garderont en tête les séries d'attaques perpétrées par des Palestiniens des territoires autonomes et ceux travaillant en Israël, avec ou sans permis. Les arabes resteront quant à eux à jamais marqués par les opérations dévastatrices et indifférenciées de Tsahal dans les territoires, par ces interminables années où ils durent se résigner à choisir entre courber l'échine face aux colons et aux militaires ou mourir par le feu. S'il doit y avoir « séparation » entre les deux peuples, celle-ci sera, selon toute vraisemblance, totale et définitive, comme ce fut le cas de l'Inde et du Pakistan, et il n'est pas dit que les deux entités souhaiteront instaurer des relations diplomatiques de sitôt.
L'autre question concerne le statut futur des Palestiniens d'Israël. L'Etat hébreu répondra t-il positivement aux demandes de ses (ex) citoyens arabes désireux de rester vivre et travailler en Israël ? Les propos polémiques de Tzipi Livni qui s'est dite favorable à l'installation (ou au transfert) des Arabes israéliens dans un futur Etat Palestinien, laissent planer le doute quant au sort (aux droits nationaux) des arabes d'Israël.
Avec ou sans une hypothétique indépendance palestinienne, le problème du tiraillement identitaire demeurera, avec des citoyens partagés entre deux nationalités, et parfois, deux loyautés. Il est évident que de nombreux Palestiniens-Israéliens préféreront vivre très modestement dans les territoires du nord d'Israël avec les avantages que leur confère leur passeport israélien, plutôt que de s'enfoncer dans la pauvreté à Gaza ou de vivre sous la gouvernance de régimes arabes encore autoritaires et/ou peu matures. Les mieux nantis accuseront le contrecoup économique immédiat du modèle de « deux Etats pour deux peuples » puisque celui-ci impliquera à n'en point douter de nombreux et inévitables changements : disparition du Shekel dans le futur Etat palestinien (monnaie commune actuellement en Israël et dans les territoires palestiniens autonomes et occupés) au profit du dinar jordanien ou de la livre égyptienne (au moins dans un premier temps avant que les Palestiniens n'aient leur propre devise).
De nouvelles conditions plus formelles et restrictives concernant la circulation d'hommes et de marchandises (un nouveau cadre douanier) suivront. Le défi de l'Etat palestinien sera dès lors de s'intégrer prioritairement et rapidement dans un marché arabe commun dans le Proche-Orient, d'accroître ses échanges avec l'Egypte, la Jordanie, le Liban, la Syrie et les autres pays arabes du Golfe, alors que le marché israélien reste aujourd'hui la principale source de revenus pour les producteurs de Cisjordanie et de Gaza. Chaque Palestinien d'Israël devra agir en accord avec sa conscience, et, en fonction de son choix de rester (si Israël le lui permet) ou de partir, s'engager à remplir les nouvelles conditions sécuritaires imposées par les autorités israéliennes.

La Ligue arabe devra réfléchir sur les termes de la création de deux Etats distincts et d'entériner en fin de processus le nouveau tracé définitif des frontières israélo-palestiniennes sous l'égide des Nations unies et d'autres organisations régionales. Paradoxalement, alors que les Israéliens doutent sérieusement, et à raison, de l'emprise réelle de Mahmoud Abbas sur les territoires palestiniens de Cisjordanie, ces derniers persistent pourtant à le soutenir exclusivement alors que son leadership n'est reconnu que par une portion congrue du peuple palestinien. Le Fatah, s'il ne parvient pas à obtenir des avancées politiques significatives avec Israël, ni à se réconcilier et à obtenir le consentement du Hamas dans ses initiatives, court à sa perte et risque d'imploser à son tour de l'intérieur en un groupe de factions rivales.
D'un point de vue sécuritaire, un Fatah politiquement faible signifie pour les Israéliens un Fatah dont les services de police pourront de plus en plus difficilement prévenir le terrorisme dans les territoires sous son contrôle. Dès lors, la réoccupation par Tsahal de villes « hors de contrôle du Fatah », rouvrirait une nouvelle période d'incertitude pour les Israéliens. L'Etat hébreu serait fort mal avisé de surestimer l'emprise des forces de sécurité palestiniennes mal équipées malgré de nombreuses aides octroyées par le gouvernement israélien et l'UE. Celles-ci souffrent en effet d'un manque de personnel et d'infrastructures de formation, de la corruption qui gangrène l'administration de l'Autorité palestinienne à tous les échelons, des dissensions et rivalités intestines. Israël utilise ce motif pour retarder son désengagement intégral, arguant ses craintes de laisser derrière lui un résidu d'autorité gouvernante incapable de fédérer sa population, d'exercer un contrôle total sur ses hommes et de faire face aux menaces émergentes. Le plus grand handicap du Fatah, c'est finalement l'absence d'un véritable leadership. Son dirigeant actuel, Mahmoud Abbas, n'a pas su faire oublier l'aura et les talents de conciliateur de son charismatique prédécesseur, Yasser Arafat (qualités par ailleurs unanimement reconnues par ses adversaires politiques). Si la proposition faite par Ehud Olmert de quitter la Cisjordanie et Jérusalem-Est était appliquée, la question serait alors pour Israël de savoir si le Hamas ne profiterait pas de cette occasion pour téléguider à distance un coup d'Etat en Cisjordanie contre le Fatah et prendre le contrôle de cette zone.
De toute évidence, Israël ne pourra en être sûr qu'une fois la réconciliation inter-palestinienne obtenue et qu'après avoir constaté les effets du retrait total sur la situation sécuritaire à court et moyen terme. Une normalisation des relations Hamas-Fatah, puis Israël-Fatah-Hamas aurait pour effet d'encourager le parti islamiste à prolonger la trêve ( qui expire au mois de décembre) et à renforcer son contrôle sur les groupes islamistes armés alliés qui opèrent à partir de Gaza, en guise de bonne volonté. A terme, le retour au dialogue pourrait distendre les relations du Hamas avec la Syrie, (avec laquelle Israël pourrait parallèlement régler la question du Golan). Quant au Hezbollah, il n'aurait plus qu'une fonction de veille une fois la résolution 242, incluant le retrait des hameaux de Chebaa, appliquée par Israël. La démilitarisation côté palestinien sera progressive, probablement ponctuée d'accidents, de ratages et de scories. Mais une fois sous contrôle des autorités légales (le binôme Hamas et Fatah réuni au sein d'un gouvernement d'union nationale), la dissolution de leurs milices respectives devrait se faire naturellement, sans grand heurt.


Chady H.A
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# Posté le dimanche 14 décembre 2008 17:09
Modifié le lundi 22 décembre 2008 09:16

PARIS-DAMAS: LES ECRANS DE FUMEE DE L'ELYSEE ET DE WASHINGTON

PARIS-DAMAS: LES ECRANS DE FUMEE DE L'ELYSEE ET DE WASHINGTON
La fin d'une histoire affective

L'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée représentait pour beaucoup de Français la promesse d'un dépoussiérage de leur diplomatie autant qu'une réaffirmation de ses constantes et de sa singularité. Une diplomatie indépendante et audacieuse, apte à redevenir le fer de lance d'une Europe qui peine à parler d'une seule voix et à se doter d'instruments diplomatiques solides.
Enfin, la France était sur le point de marquer son grand retour dans les grands dossiers internationaux après une période d'atonie, de tensions, de rivalités au sein de l'UMP et autres scandales (l'affaire Clearstream) qui scindaient la droite au pouvoir entre sarkozystes et chiraquistes/gaullistes de la première heure.
Les déçus de la politique proche-orientale de l'époque voulaient croire que Nicolas Sarkozy romprait avec les affectivités du président Chirac vis-à-vis du pays des cèdres, et en particulier de son grand ami disparu, le regretté Rafic Hariri. A n'en point douter, Jacques Chirac aime le Liban, pas uniquement parce qu'il y retrouve un peu du souffle généreux du leader sunnite, mais parce qu'il possède une qualité, la "mémoire historique" qui manque à son successeur. Le Liban dans ses frontières actuelles, est le produit de la France mandataire, à la fois son cadeau aux Libanais, une amputation/privation pour la Syrie et une lourde charge morale à endosser. Ses responsabilités, la France les a assumées, parfois maladroitement (notamment durant la guerre civile) tant il est vrai que le fonctionnement institutionnel du Liban hérité de la "Pax Francia", combiné aux particularités (et particularismes) dont est pétrie la conscience libanaise (si tant est qu'elle soit unique) et aux conjonctions d'intérêts divers, rendent sa problématique nationale complexe à appréhender. Les erreurs de jugement sont dès lors inévitables.
La politique arabe de Chirac a été globalement positive pour le Liban. Jusqu'à la mort de Hariri, Jacques Chirac ne s'est jamais défaussé. Mais son gaullisme lui, a été faussé, embrouillé quand les sentiments personnels, le chagrin et la colère ont pris le pas sur la realpolitik. Sur ces entrefaites, l'exclusion de la Syrie du débat proche-oriental a été sa plus grande erreur au Liban. Il en sera néanmoins excusé car c'est aussi pour ce sens aigu de la compassion et de la loyauté qu'il est justement aimé et respecté dans le monde arabe.
Alors que la situation locale et régionale empirait vers la fin de son mandat, Français et Libanais avaient impérativement besoin d'une nouvelle approche plus active, plus efficace, plus impartiale. Les partisans du "Courant du Futur" (parti sunnite anti-syrien fondé par Hariri) semblaient sereins et optimistes. Ils pressentaient que la position défendue par Nicolas Sarkozy s'inscrirait dans la continuité des réalisations chiraquiennes. Le nouveau président, réputé hyperactif, réaliste, libéral, atlantiste, donc a priori proche des intérêts sunnites et des positions "pro-occidentales" de la majorité anti-syrienne, lui apparaissait comme "l'homme de la situation". Ou plutôt, comme "l'homme de la punition", à même de donner un sérieux coup d'accélérateur au tribunal spécial qui doit (toujours) juger les responsables (supposés syriens, avec la participation des S.R libanais) de l'attentat ayant coûté la vie à Hariri et à d'autres personnalités anti-syriennes.
Déjà boudée par les régimes arabes sunnites (bien plus en raison de sa relation privilégiée avec l'Iran que des méthodes autoritaires qu'ils ont tous en partage), rejetée par l'Occident qui l'accusait de tous les maux (répression, ingérence, corruption, élimination de personnalités souverainistes au Liban); la Syrie n'avait plus qu'à faire ses prières: avec Nicolas Sarkozy et ses gros sabots au Proche-Orient, "l'ère de l'arbitraire et de l'impunité" prendrait définitivement fin.
Mais la majorité libanaise - qui n'en finit plus d'essuyer les camouflets depuis 2 ans - a vite déchanté. Au mois de Mai 2008, son sort n'était plus qu'entre les mains de ses miliciens sur le point d'être défaits par ceux de l'opposition. Ses mesures irréfléchies contre le Hezbollah - qui ont provoqué l'embrasement des rues de Beyrouth et de Tripoli - avaient très probablement été encouragées par Washington.
Lâchée par son parrain dont elle a visiblement surestimé l'attachement et la protection, livrée à elle-même et à peine soutenue verbalement [un soutien en tous cas bien moindre que celui apporté au gouvernement géorgien récemment ], la majorité ne devait son salut qu'à la médiation qatariote intervenue in extremis. Les émirats sunnites du Golfe étaient avant tout inquiets de voir un basculement du pouvoir en faveur des chiites du Hezbollah et du AMAL. Le gouvernement français est resté peu ou prou timoré, se contentant d'observer et d'appeler à un retour au calme. La décision finale revenait aux Américains, qui eux-mêmes ne semblaient pas trop éprouver le besoin de s'agiter. La perspective d'un "Etat-Hezbollah" donc d'un Liban officiellement décrété "entité hostile" et permettant à Israël d'avoir les coudées franches, n'était pas pour leur déplaire.

La solitude de l'Ouroboros anti-syrien

L'actuel numéro 1 français a beau être issu des mêmes rangs que jacques Chirac, il peut difficilement en partager la libanophilie et le gaullisme intégral tout en se piquant d'être un fervent atlantiste et un pro-israélien adoubé par Washington, au risque de sombrer dans la schizophrénie. Les Libanais de tous bords politiques finiront par intégrer que la perpétuation d'une tradition gaulliste vis-à-vis du pays des cèdres et du monde arabe est révolue. Et c'est encore plus vrai concernant l'exclusivisme haririen dans lequel le chiraquisme a fini par verser. Il suffit de réentendre les déclarations de Nicolas Sarkozy alors candidat à la présidence au plus fort de la guerre de 2006 pour s'en convaincre. Désormais, Nicolas Sarkozy veut parer au plus urgent et au plus médiatique: la question iranienne. Le nouvel engagement français au Proche-Orient ne vaut que pour la (potentielle) amélioration des garanties de sécurité d'Israël. La France articule avant tout sa politique étrangère de manière à rester dans les bonnes grâces de Washington et de l'État hébreu. C'est une diplomatie d'appoint, active (ou pleine de pantalonnades), volontaire en façade mais vidée de sa philosophie originelle. Le "dialogue utile"(sic) que le président français a souhaité poursuivre avec Bashar el Assad a pour objectif l'entame de négociations directes entre Damas et Tel Aviv sous l'égide de Paris, afin de priver le Hezbollah d'un allié stratégique de poids (les convois d'armes provenant d'Iran transitent par le territoire syrien) et de couper la seule courroie de transmission de l'Iran dans le croissant fertile. Ainsi privé de ses "transfusions", le Hezbollah verrait, en cas de guerre, ses stocks d'armes s'épuiser au bout de quelques mois au grand bénéfice d'Israël.
La majorité anti-syrienne peut difficilement protester face au resserrement des liens franco-syriens. La France, en montrant que le dialogue "amical" est possible avec la Syrie, humilie et entame un peu plus la crédibilité d'un camp libanais qui soutenait que Damas ne connaissait que le langage de la mort et de la tyrannie pour justifier sa position intraitable. Le sentiment actuel des Libanais anti-syriens est ambivalent dans la mesure où une normalisation des relations entre la Syrie et l'Europe est de nature à mettre le régime au pied du mur, à l'acculer à tenir ses quelques engagements pris. Des poignées de main qui, comme l'espère la majorité (mais sans illusions), pourraient ajouter une pression supplémentaire sur la Syrie quant à son concours dans la stratégie de défense infra-étatique du Hezbollah. Mais d'un autre côté, ces nouvelles relations décomplexées et apaisées sont de nature à éluder les questions qui fâchent, et en l'occurrence à renvoyer le Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) aux calendes grecques.
Au Liban, l'anti-syrianisme primaire et furibond a fait son temps. Faute d'avoir pu se renouveler après la "révolution du cèdre", la majorité s'est enfermée dans un cycle autodestructeur amorcé à partir du début 2006, la faisant ressembler au symbole du "serpent qui se mord la queue".
La paranoïa, en constituant le seul argument politique, a conduit à l'intransigeance, au piétinement puis à la dislocation. Le gouvernement réduisait l'opposition à "une cinquième colonne syrienne", oblitérant de facto sa libanité, répudiant ses idées, mettant constamment en doute sa sincérité et son honnêteté. Chaque proposition de sortie de crise émanant de l'opposition essuyait systématiquement un refus. L'argument anti-syrien des souverainistes tournait à l'hystérie et une spirale autocratique commençait à en pervertir les principes. Le choix se jouait donc entre une mort subite ou une mort lente. Seule une explosion pouvait mettre fin, d'une façon ou d'une autre, à cette mécanique infernale qui tournait sur elle-même. Peut-être la majorité tablait-elle sur un scénario à la "1958" qui aurait vu le débordement et la "tentative de putsch" contre son gouvernement "démocratique" précipiter l'entrée des troupes américaines (et peut-être françaises) à Beyrouth. Mal lui en a pris.
Ses leaders ont fini par comprendre d'une part, qu'ils ne sont que des pions interchangeables dans la stratégie régionale des Américains et de leurs alliés. Et d'autre part que le système (absurde et archaïque) de "démocratie consensuelle" qu'ils défendent ne saurait autoriser l'exclusion de la moitié de la population de la politique nationale. Comme les Libanais - traditionnellement peu démocrates dans leur ensemble, mais indéniablement communautaristes, confessionnalistes et localistes - , ne sont pas prêts à accepter l'introduction dans la constitution du suffrage universel direct (pourtant proposé par l'opposition pour sortir de l'impasse); le choix d'un gouvernement d'union nationale s'impose donc de lui-même. Il leur faut, bon gré mal gré, composer, cohabiter avec des adversaires politiques qui pensent différemment (c'est le premier principe démocratique). Or avant les accords de Doha, s'opposer au pouvoir anti-syrien revenait, selon ses partisans, à faire le jeu de la Syrie. L'opposition n'avait que le droit de se taire puisqu'elle était l'alliée des "forces du mal". Elle se compose pourtant d'une masse hétéroclite de Libanais, dont une partie soutient idéologiquement Damas (tels les partisans du PSNS - "Parti Social Nationaliste Syrien"), et l'autre accepte plus ou moins de maintenir de bonnes relations avec son voisin sous certaines conditions et sans renier l'identité libanaise. Leur position à la fois nationale, panarabe ou équidistante ne saurait suffire à remettre en question (ou nier) leur attachement à leur pays. Il aura fallu que l'interminable crise politique culmine dans une confrontation armée pour que le bloc anti-syrien accepte enfin le retour d'un pluralisme équilibré, exigence légitime de l'opposition.

Jeu de dupes

Interrogés par France 24, certains spécialistes de l'Hexagone livrent leur analyse de la visite du président Sarkozy prévue le 3 et 4 septembre. Bassam Tahan, professeur syrien de géopolitique à "l'Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, en donne une vision très idéaliste, convenue et nostalgique: "Nicolas Sarkozy démontre, par cette visite, qu'il est plus gaulliste que son prédécesseur, dans le sens où il s'inscrit davantage dans l'histoire de la politique arabe de la France. Influencé par ses sentiments personnels au lendemain l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, Jacques Chirac a commis une erreur en tournant le dos à Damas, pourtant incontournable au Moyen-Orient. C'est l'analyse qui en a été faite à l'Elysée. Et cette ouverture, insufflée par Nicolas Sarkozy, a fini par réconcilier la population syrienne avec la France ».
Le politologue libanais Joseph Barout (destiné à prendre la relève du consultant télévisuel Antoine Sfeir?) se veut lui aussi rassurant et insiste sur la forme : "le Liban n'a pas à craindre un réchauffement franco-syrien, puisqu'il n'en tire que des bénéfices depuis les accords de Doha qui ont facilité l'élection de Michel Sleimane à la présidence. Le changement de style syrien était manifeste pendant la visite du président libanais à Damas". Certes, mais le style est une chose, le fond en est une autre. L'optimisme de Bahout ne va probablement pas suffire à effacer les sourires jaunes face caméra et les vitupérations off line des cadors de la majorité anti-syrienne dans les antichambres du Grand Sérail. Ils doivent encore se demander ce que mijote le maître damascène.
Frédéric Encel, docteur en géopolitique, insiste davantage sur la dissymétrie des intérêts et croit y voir un pari risqué de la part du président français. Selon lui, le soutien syrien à la Russie "complique lourdement la tâche de Nicolas Sarkozy face à ses alliés occidentaux, sceptiques quant à son ouverture vers la Syrie. La France a tout donné à Bachar al-Assad en le réintégrant dans le concert des nations. Pourtant, mises à part quelques avancées éventuelles sur le dossier libanais, la Syrie, qui a, en revanche, besoin des missiles russes, n'a rien à offrir à la France."
Il n'est pas nécessaire d'être spécialiste des régimes et des philosophies politiques pour convenir qu'il n'y a absolument pas la moindre once de gaullisme dans la démarche de Nicolas Sarkozy. En 1966, le Général de Gaulle savait ce qu'il faisait en retirant la France du commandement militaire intégré de l'OTAN. D'ici 2009, le président Sarkozy compte bien la réintégrer officiellement dans cette structure. Un hommage rendu peut-être à la vision de la défense nationale et du rayonnement des valeurs françaises du Général?
Ces lectures de la situation révèlent une vision basique de la pensée et de l'action gaullienne, en plus de sous-estimer les incitations de Washington et l'appui européen à Paris. Le président Sarkozy joue simplement sa partition dans une stratégie américaine d'isolement de l'Iran. L'objectif n'est évidemment pas le bien-être et l'indépendance du Liban contrairement aux propos du ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui conditionnait ce rapprochement aux efforts syriens vis-à-vis du Liban. Aujourd'hui, ce ne sont pas les quelques paroles de soutien de la Syrie à la Russie (dont les relations avec l'Union Européenne reviendront, à n'en point douter, très bientôt au beau fixe) qui dérangent, mais bien l'alliance Syrie-Iran.
La Syrie sait ce que l'on attend d'elle, et ça ne coûte rien au président Bashar el Assad d'aller sourire aux Français puis de soutenir le dirigeant russe après une escale à Téhéran. Jouer sur tous les tableaux, brouiller les pistes est une spécialité de ce régime. La Syrie louvoie entre les opportunités et les écueils. Ce caractère incernable explique la longévité du baa'th syrien là où la diplomatie de son ancien faux-frère irakien a échoué. Si les cérémonials (ouverture de représentations diplomatiques syro-libanaises par exemple) plaisent aux pays européens, pourquoi les en priver? Surtout si cette concession réhabilite le pouvoir syrien à moindre frais. Une reconnaissance orale de la souveraineté libanaise ne conduit pas, dans les faits, le régime syrien à considérer ce pays comme un État distinct, indépendant et viable et à ne plus agir dans l'ombre. Le Liban est un agglomérat de communautés-partis confessionnels avant tout. Son identité nationale est toujours en construction et le statut d'une portion de ses frontières physiques attend d'être clairement fixé. La Syrie peut compter sur ses loyautés au Liban et dispose d'une capacité de nuisance qu'elle utilisera au besoin, si elle estime que ses intérêts y sont menacés. Inversement, ce sont les loyautés multiples qui habitent les consciences arabes bien avant le découpage des frontières au XXeme siècle, qui font que le nationalisme est compris différemment par tous les Libanais et permettra longtemps à la Syrie de garder son statut officieux de "grande s½ur" ou "tutrice" du Liban.

Washington souffle le chaud et le froid, avec la participation française

Washington et l'Élysée travaillent de concert pour prouver à la communauté internationale qu'ils "tentent tout ce qui est diplomatiquement possible" jusqu'au bout, n'hésitant plus à prendre langue avec des régimes aux "méthodes douteuses" dans l'espoir de les ramener vers le droit chemin. La stratégie française est une diversion approuvée par les Américains. Ceux-ci souhaitent se détacher d'une image de "va-t-en guerre" avant d'y retourner justement avec la bénédiction des opinions européennes cette fois-ci. La stratégie médiatique adoptée consiste à faire croire qu'une attaque contre l'Iran est un « ultime recours désespéré » alors que celle-ci est déjà programmée et activement préparée par Washington, Israël et leurs ennemis. La duplicité n'est pas seulement syrienne. Depuis quelques mois, les israéliens jouent le jeu. La presse israélienne se fait volontiers l'écho d'une Amérique tantôt "raisonnable et réfléchie" qui tente par exemple de "freiner" les élans de son protégé israélien contre l'Iran (cela "expliquerait" selon ces journaux, le retard dans la livraison de nouvelles armes, dont le fameux chasseur F-35); et une Amérique tantôt martiale, ferme, menaçante, évoquant sanctions supplémentaires et la force si nécessaire. Nicolas Sarkozy apporte sa pierre à l'édifice. Ce dernier est connu pour aimer se glisser dans la peau de "l'homme qui est là où on ne l'attend pas, et qui ose faire bouger les lignes ou les positions figées". Chacun trouve sa place dans ce manège diplomatique.
Les Américains jouent à merveille leur rôle traditionnel " de puissance-gendarme qui ne transige pas sur les principes" et font presque passer le président Sarkozy pour un "grand naïf idéaliste et permissif". Ce feint scepticisme par rapport à l'initiative française qu'ils n'hésitent pas à critiquer du bout des lèvres, sert à les rendre plus crédibles. Aucun des deux alliés n'ignore que l'euphorie de la Syrie (tout sourire d'être de retour sur la scène internationale) ne durera qu'un temps ou, en tout état de cause, ne suffira pas à l'éloigner définitivement de l'Iran (avec qui elle a signé un pacte de défense mutuelle il y a deux ans) et à la détourner des nombreux intérêts objectifs qui les lient dans la région. Ils temporisent encore un peu avant une confrontation finale contre le Hezbollah et l'Iran qui est d'autant plus souhaitable que la trêve actuelle renforce considérablement leurs capacités. Le conflit est même inévitable, sachant que la question du nucléaire est tournée de manière à ce que Téhéran reste inflexible.

La Syrie, entre rêve et réalité

La Syrie a compris que la guerre des nerfs n'empêche pas le business: l'Iran a beau être dans la ligne de mire des américains en poursuivant l'enrichissement d'uranium et en renforçant son arsenal balistique et sa défense anti-aérienne, les contrats le liant avec la Chine, la Russie, le Vénézuela et d'autres pays d'Asie, d'Europe et d'Amérique latine n'ont pas été remis en cause. Il a invité le Brésil à rejoindre l'OPEP et a signé au mois d'août avec l'Allemagne un contrat de construction d'usines à gaz via le transfert d'équipements high-tech fabriqués par la firme allemande "Steiner". Ce qui n'a pas manqué de provoquer l'ire d'Israël. Pourquoi la Syrie, alors qu'elle n'a pas (officiellement) de visée nucléaire, devrait-elle être plus isolée que l'Iran?
Parallèlement à cette légère ouverture, la Syrie tient à conserver ses acquis. Les prouesses militaires du Hezbollah poussent la Syrie à réfléchir avant de quitter un front antisioniste qui a retrouvé sa crédibilité auprès de la rue arabe. Elle se met à rêver depuis 2006 des gains politiques considérables qu'une nouvelle défaite d'Israël, promise par le Hezbollah, pourrait susciter. Elle ne voudrait certainement pas être hors-jeu, se priver d'un tel prestige, laisser la milice libanaise et l'Iran engranger tous les bénéfices et l'éclipser. Les dernières déclarations d'El Assad relativisant la force d'Israël et invitant les arabes à soutenir la résistance, prouvent bien que son régime est conscient qu'il lui reste encore bien des cartes à jouer avant d'abandonner ses alliés chiites. Leur victoire pourrait contribuer indirectement à faire renaître le Baa'th et à faire de l'ombre à tous les "régimes arabes du déshonneur". La Syrie se préparerait également à l'éventualité d'une guerre dans les prochains mois et aurait acquis de nouvelles batteries anti-aériennes et missiles. Mais nul ne peut prévoir pour l'heure si une (contre) offensive coordonnée conjointement par la Syrie et le Hezbollah aura lieu. Ce serait bien la première fois depuis 35 ans que la Syrie s'engagerait dans une confrontation directe avec Israël. Elle calcule les gains et pertes. En cas de défaite du Hezbollah - et d'un Liban ravagé -, l'abstention ou la position "neutre" de la Syrie avant le début des hostilités pourrait lui permettre de retrouver un rôle de "protectrice" du Liban, avec la bénédiction de l'Occident. Elle a donc deux possibilités:
être belligérante et en cas de victoire de la résistance contre Israël, en tirer gloire, honneur et un statut enviable de "seul Etat arabe nationaliste insoumis et victorieux" pour très longtemps. Ou alors être belligérante et en cas de défaite, tout perdre: son armée, ses alliances arabes, ses rares partenariats occidentaux et jusqu'à son régime et la possibilité de remettre un jour le Liban sous sa tutelle. Elle jouerait donc à quitte ou double.

Dans l'immédiat, F. Encel précise à juste titre que la France n'a rien à gagner de la Syrie. "Rien", hormis un souhaitable (mais peu probable) effritement du fameux "front du refus", rêve inespéré, à l'heure où les Américains, les Israéliens et surtout les pays arabes sunnites féaux, prennent ombrage de la popularité et de la force grandissante de la résistance chiite (Hezbollah-Iran, avec le soutien du régime alaouite syrien) et de son potentiel subversif dans la région.
Le rapprochement avec la Syrie offre en tous cas à Nicolas Sarkozy de quoi illustrer l'idée vertueuse selon laquelle les "grandes nations libres et démocratiques" font toujours la guerre à l'autre bout du monde en dernier ressort et à contre-c½ur.

Chady H.A




# Posté le mardi 02 septembre 2008 16:10
Modifié le dimanche 21 septembre 2008 22:17

LA RUSSIE EN PREMIERE LIGNE D'UN NOUVEL ORDRE MONDIAL (Analyse)

LA RUSSIE EN PREMIERE LIGNE D'UN NOUVEL ORDRE MONDIAL (Analyse)
Se rappeler l'Etat sans moralisme

A Chaque époque son lot d'angoisses, de peurs, et de violences qu'elles font naître. Par voie de conséquence, chaque Etat a besoin de se désigner au moins un rival ou un « ennemi vital », figure autour de laquelle il peut cristalliser ses craintes, et ménager les conditions d'un rapport de force fructueux. L'Etat est à l'image de l'homme, à ceci près qu'il n'est pas "cruel" ou "tendre", "bon" ou "mauvais". l'Etat est simplement réaliste et efficace ou ne l'est pas. Il a besoin d'adversaire(s) certes, mais ne sait ni détester ni aimer, et est encore moins capable "d'aimer détester". Il est au dessus des passions, celles-ci étant dévolues à la société civile. Sans affectivité et avec détermination, il est amené à prendre des mesures défensives appropriées dans tous les domaines. Elles doivent être pro-actives ou rétorsives (ou les deux à la fois). L'Etat en soi est neutre, immatériel, et les formes qu'il laisse apparentes ne sont que des interfaces entre lui et les autres entités et groupes qui composent le système. Son esprit, sa substance, sont quasi-impénétrables, résultant d'une dialectique infinie entre le structurel et le conjoncturel, de la sédimentation culturelle, mystico-historique et des effets des chocs sociaux.
Une fois mis en place, Il devient un "tout singulier" qui n'appartient qu'à lui et obéit à son propre fonctionnement. La « raison » dont on croit le doter et le rendre comptable, n'est en fait que l'image conforme à nos pensées inférieures. Elle n'est pas la raison supérieure ou la "raison d'Etat". L'Etat est le deuxième dieu. Toute tentative de l'humaniser est vouée à l'échec. Sa vocation se fonde sur la survie du système, la projection sur la scène politique internationale et sur les théâtres militaires (desquels dépendent ses intérêts), l'anticipation des crises, l'autosuffisance collective durable, et ce, quelles qu'en soient les conditions. Bien que l'État soit un produit de l'homme et de l'histoire, sa logique évolue séparément de la nôtre, elle nous surprend et nous survit. Elle n'est pas faussée ou entravée par les émotions, les systèmes de principes, les éthiques et l'individualité.

Etatisme, impérialisme défensif et transition démocratique

La Russie est souvent critiquée pour sa "dureté" et sa "brutalité" contre toute velléité susceptible de contrarier ses projets et ses efforts. En réalité, cela revient à lui reprocher d'être l'incarnation ou l'exemple type de ce que devrait être l'Etat, conçu comme une entité objective, froide et ataraxique; bref, l'Etat au vrai sens du terme, un peu oublié. Elle inquiète et fascine entre autres par ses anachronismes, par la nature, les méthodes et les coutumes de son système politique hybride: à la fois centralisé, semi-autoritaire ou quasi-démocratique, hésitant entre une tradition socialiste et le néo-libéralisme. Le qualificatif "fasciste" employé à tort et à travers, surtout pour fustiger tout ce qui évoque l'impérialisme, le racisme et les procédés de répression, d'intimidation et de terreur, ne lui correspond pas. Le régime politique russe se rapproche d'une démocratie tutélaire, administrée, à tendance modernisante et teintée (entachée?) d'oligarchie bureaucratique et de corruption. La Russie est dans une phase charnière, entre les bribes du passé soviétique pseudo-communiste (dont la nostalgie n'a pas totalement disparu) et une progression sûre vers la démocratie politique à l'occidentale et l'économie de marché. Les responsables russes ne cachent que la démocratie ne constitue pas une priorité à l'heure actuelle. L'accent est mis sur la croissance, et l'Etat injecte juste ce qu'il faut de capitalisme et de libertés pour doper son économie( via la privatisation d'entreprises et les réformes agraires). La démocratie devrait suivre lentement mais sûrement. Mais les secteurs stratégiques restent centralisés (énergie, transport, industrie de pointe). Le système de la Russie de Poutine reste étatiste, organique, la "verticale du pouvoir" règne toujours. Elle est l'équivalente slave de la Chine héritière de Xiaoping, toute proportion gardée.
Ambiguës et inclassables, ces deux nations impériales ont le mérite d'agacer les esprits binaires. Comme l'Empire du Milieu, la Russie est fortement attachée à sa sphère d'influence. Elle cherche à recouvrer sa puissance, non pas en termes d'expansion (elle n'en a pas besoin) mais de préservation de son emprise traditionnelle sur son étranger-proche, c'est-à-dire ses anciens satellites qui représentent autant de glacis pour elle. Leurs frontières naturelles lui permettent alternativement de communiquer, d'échanger avec l'extérieur et de se prémunir contre des courants susceptibles de la dénaturer. Ces deux grands pays (la Chine et la Russie) ont fait, il est vrai, l'expérience d'incessantes invasions et conflits au cours de leur histoire. Ainsi, on peut mieux comprendre pourquoi la seule idée d'une Géorgie servant de tête de pont américaine en zone russe, lui est insupportable.

De "nobles" principes au service d'une stratégie de nuisance

Le difficile dialogue russo-européen met en évidence des hiérarchies ou des échelles de valeurs différentes, pour ne pas dire diamétralement opposées entre les deux grands. Bien souvent, les événements ont révélé de nombreuses dissemblances dans leurs tempéraments respectifs, leur rapport à l'histoire et à la réalité, l'ordre de leurs priorités. La fierté, la ténacité (parfois l'intransigeance), le sens de l'initiative des Russes (et des Chinois !) ont tendance à être assimilés un peu hâtivement par l'Occident à un esprit de domination ou de conquête (par contraste au suivisme dans lequel les 27 se sont englués et le ramollissement qui a suivi). Face à l'adversité, aux gesticulations, aux menaces et condamnations diverses, Russes et Chinois patientent, observent la situation, puis (ré)agissent ponctuellement, parfois avec brutalité : le couperet tombe d'un coup quand les limites sont franchies. Les Russes ne tergiversent pas, ne déblatèrent pas. Cela ne fait pas partie de leur culture. En ont-ils le temps d'ailleurs?
La Russie actuelle dérange parce qu'elle refuse la fatalité ou l'enfermement dans une posture d'éternelle vaincue de la guerre froide, et ne se contente pas d'ânonner des antiennes d'un autre temps. Dans l'inconscient collectif, "l'arrogante" devrait continuer à payer la note pour le stalinisme, le goulag et les aberrations du communisme révolutionnaire dans le monde. Un Etat qui a pavé la voie aux "ennemis du Monde Libre" et qui remonte des abîmes, aussi rapidement et bruyamment, est forcément suspect. Après tout, "Russe" rime avec "ruse" en français.
Du côté occidental, il est de bon ton de faire cohabiter dans les discours des principes aussi contradictoires que le « droit d'ingérence » et « la souveraineté », puis d'agiter l'un ou l'autre selon ses intérêts. Et - "parce que ça fait bien" - , de passer une couche de "droits de l'homme". Les élites bien-pensantes calent sur une rhétorique "anti-rouge" d'arrière garde, et font semblant d'oublier que l'Amérique qu'ils citent volontiers en exemple, ne s'est guère souciée du "respect de l'intégrité des États" quand elle a donné le coup d'accélérateur à l'indépendance de la province du Kosovo, partie intégrante et historique de la Serbie. L'administration américaine qui invoque également l'inaliénable principe de "souveraineté" n'a pas non plus fait scrupule d'envahir l'Irak, qui plus est sans l'aval de l'ONU. Sa décision prise au nom de la "guerre globale contre le terrorisme" et de la "libération du joug d'un tyran", restait une invasion illégale quel qu'en soit l'expédient, une violation délibérée du droit international et du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes". Aucun irakien n'a demandé qu'on lui apporte la guerre, la discorde et le terrorisme. L'embargo onusien avait déjà suffi à éreinter cruellement la population irakienne, particulièrement les êtres les plus vulnérables, ses enfants.
La Russie est peut-être trop "primaire" ou pas assez tortueuse pour saisir et manier avec habileté tous ces principes vertueux et autres subtilités de langage. Pour elle, les choses sont plus simples et pratiques : dans la conduite du pouvoir, tout est a priori dénué de considérations morales. Les théories politiques et schémas économiques ne sont que des instruments idéologiquement neutres employés à une fin déterminée. L'application rigoureuse du droit international n'en est pas une. Il faut donc que les Etats sachent biaiser, atteindre leurs objectifs tout en limitant les dégâts "moraux". La réussite socio-économique dépend donc de la combinaison judicieuse et opportune de tous ces éléments.

La fin justifie les moyens

La Russie avait besoin d'un nouveau départ après avoir été laminée par l'idéologie, la tyrannie, la guerre froide puis par une désoviétisation mal planifiée, brouillonne, lancée dans un environnement juridique délétère, un contexte d'anomie sociale et d'absence d'une structure économique alternative capable d'absorber ses réformes. Alors qu'elle retrouve son tonus et revient au premier rang de la scène internationale, voilà que des forces jalouses veulent la réduire au silence, la voir rentrer sagement dans le rang atlantiste, afficher la consensualité et le défaitisme qui ont fait justement perdre à la France son aura internationale. Sous De Gaule, la France en imposait. Aujourd'hui, qu'elle fasse entendre sa voix ou se taise, le monde peut très bien tourner sans elle. Son ventriloque américain fait le reste. C'est un drame auquel la Russie actuelle ne pourra jamais se résigner, au grand dam de l'aigle qui domine déjà toute l'Europe méridionale. La Russie rugissante possède l'intelligence et l'ambition qui manquent cruellement à Bruxelles. Le courage de s'affirmer surtout.
Une page à la fois glorieuse et sinistre de l'histoire de la Russie a été écrite par un tyran mais néanmoins fervent nationaliste d'origine géorgienne. Ce dernier avait malgré tout réussi à en faire une nation respectée car redoutée. Le Kremlin ne laissera certainement pas la parenthèse prestigieuse se refermer sur les dépravations d'un jeune président géorgien anti-russe qui confond le drapeau de son petit État avec celui de l'Amérique. La Russie est la principale agressée. Elle s'élève contre un grignotage constant de son espace vital depuis la fin de la guerre froide parce que les USA lui refusent le droit à la puissance comme ils la refusent à l'Europe (qu'ils sont parvenus à étirer au maximum, pour la rendre ingouvernable et la désagréger à petit feu). Il ne saurait être fait grief à la Russie d'éprouver un attachement profond à son identité, à sa civilisation et de les défendre contre une politique insidieuse. Elle ne peut se permettre, compte tenu de ses ambitions politiques et géostratégiques, de rester stoïque devant la prolifération de chevaux de Troie dans son domaine. Par ailleurs, il reste très peu probable que la Russie se laisse un jour domestiquer. Elle gardera son opiniâtreté, ses coups de sang, ses frontières mouvantes issues d'un passé compliqué. Son peuple est résolu, actif, exigeant. C'est un "peuple d'excès mais aussi d'excellence" qui n'acceptera pas que l'on bride ses perspectives.
L'opération russe en Géorgie doit être considérée comme un règlement de comptes familial. La Russie est chez elle partout dans la zone et le fait savoir. Nul n'est mieux placé qu'elle pour appréhender les phénomènes de centrifugation et décider de la réponse la plus appropriée. Les Russes en une solide expérience acquise à ce niveau. L'empire soviétique a éclaté brutalement, créant un problème plus vaste, celui de l'incompatibilité entre les visées des mouvements nationalistes multi-territoriaux (dont certains sont pro-russes) et les orientations politiques de certains nouveaux Etats indépendants pro-occidentaux proprement néfastes à l'équilibre, à la cohérence géopolitique et civilisationnelle de l'ensemble. Les Etats-Unis tentent aujourd'hui d'exploiter les failles résiduelles du démembrement de l'URSS. Le concept d'Etat-nation n'est pas applicable dans une région où de nombreux groupes ethniques se trouvent à cheval entre plusieurs Etats, où les relations avec la Russie mère sont étroites et où la mémoire est lourde de ressentiments et de tiraillements constants. Le renouveau russo-slave passe nécessairement par l'unité entre "Etats-provinces" regardant dans la même direction que le noyau central (Moscou).
Certains soupçonnent la Russie de vouloir ressusciter son empire par tous les moyens. Cette assertion, sans être irrecevable, mérite cependant quelques nuances. En effet, à défaut d' un "empire réunifié, la Russie s'assure (et se contente), au minimum, d'un degré de vassalité suffisant des nains qui l'entourent. Ainsi, juridiquement, ils restent des Etats "indépendants", mais officieusement, aucune grande décision n'est prise sans l'aval de Moscou. La logique et les méthodes du Kremlin relèvent de l'impérialisme défensif contre le "diviser pour régner" des Américains. Et c'est de bonne guerre. Passer du statut de république fédérale à celui d'empire et inversement, ne changerait strictement rien à l'esprit nationaliste qui guide traditionnellement la politique intérieure et étrangère russe. Il faut avant tout juger la légitimité des méthodes à l'aune de l'intérêt supérieur de l'Etat russe. Des objectifs rationnels et précis expliquent les moyens politiques et militaires employés.

La balle est dans le camp européen

La "nouvelle Russie" a encore besoin de temps pour se reconstituer, se réorganiser autrement, parachever sa transition démocratique avec le pragmatisme qu'on lui connaît désormais. Il y aura probablement d'autres erreurs commises, des incidents et des tensions avec l'Ouest. Mais Rome ne s'est pas faite en un jour. La Russie doit pouvoir librement reposer les bases d'un nouvel ordre mondial aux côtés d'autres pays émergents, afin de sortir le système international de sa désorganisation et de l'hégémonie qui la rongent. Et si le Russe doit être un rival, donc un moteur de croissance de premier ordre pour les européens, alors qu'il en soit ainsi ! Les américains n'ont jamais été autant affaiblis politiquement et militairement que depuis 5 ans. leur influence internationale risque de se réduire encore dans les années à venir d'où un besoin pressant de redéploiement ou recentrage vers l'Europe de l'Est. Les Etats-unis veulent moins éparpiller leurs forces dans le monde pour ainsi concentrer leurs bases militaires dans les zones les plus stratégiques (dans le sillage du BRAC 2005 ou "Base Realignment and Closure Act "). L'UE a tout à gagner à tirer dès aujourd'hui son épingle du jeu (américain), à profiter de cette fenêtre d'opportunités en développant une diplomatie et une défense crédibles et indépendantes. Elle en a les capacités. Son ralentissement économique doit lui faire prendre conscience de l'importance d'un renforcement de ses liens avec la Russie (prédestinée à être son premier partenaire politique et économique continental), et de la nécessité d'ignorer les discours américains diabolisants de ces derniers jours. La présence militaire américaine parasite et l'absurdité kosovare que l'UE a acceptées, sans grand enthousiasme, ont contribué à distendre les relations russo-européennes. Force est de reconnaître que la patience russe a été mise à rude épreuve. Les conséquences négatives de la stratégie américaine sont là. Si l'UE veut à présent limiter les dégâts, elle doit commencer par geler (pour très longtemps) les plans d'adhésion de la Géorgie à l'OTAN et dissuader fermement les Etats-Unis d'installer leur système de défense en Pologne et en République tchèque (car elle est bien la dernière à croire à de prétendues menaces contre elle). En aura t-elle enfin le courage?
Depuis la désastreuse perestroïka et la gabegie des années Eltsine, que de chemin parcouru et de choses accomplies! La Russie connaît un développement économique considérable depuis huit ans, avec un taux de croissance stable. Elle représente à la fois un fournisseur énergétique essentiel et un marché florissant pour les investisseurs européens. Puisse le volontarisme russe inspirer ses voisins de l'Ouest, et montrer à la communauté internationale que cette nation est capable en une dizaine d'années d'effacer 91 ans de gâchis. Qu'elle peut encore écrire une page de l'Histoire qui est loin d'être "finie".


Chady H.A
# Posté le vendredi 15 août 2008 16:19
Modifié le mercredi 20 août 2008 12:19

RUSSIE-GEORGIE : LES PREMICES D'UN PLUS GRAND CONFLIT PAR PROCURATION

RUSSIE-GEORGIE : LES PREMICES D'UN PLUS GRAND CONFLIT PAR PROCURATION
photo Reuters: tank géorgien en Ossétie du Sud

En période estivale, le soleil ne réchauffe pas que le sable, mais également les ardeurs et les canons. Jugez-en plutôt: Juillet-Août 2006, une guerre (d'autres préfèrent parler de conflit armé) éclate entre le Hezbollah et Israël. Fin juin 2007, un conflit fratricide (ou mini-guerre civile) entre le Hamas et le Fatah aboutit à la prise de contrôle de Gaza par le premier. Enfin, en ce mois d'août 2008 placé sous le signe des olympiades, la Russie riposte à l'offensive géorgienne de contre-rébellion sur le territoire séparatiste d'Ossétie du Sud.
Ces conflits armés, géographiquement éloignés et d'une intensité basse ou moyenne, ne sont pas dépourvus de connexions politiques entre eux. La crise russo-géorgienne comporte plusieurs niveaux de lecture, mais l'on en dégagera deux principaux dans cette analyse.
La première lecture ou le contexte immédiat est celui d'une Russie qui tente de résister à l'immixtion du tandem OTAN/Union Européenne dans son Hinterland. Symptôme de son exaspération, les relations entre Moscou et Tbilissi n'ont cessé de se détériorer après la « révolution des roses » qui avait porté au pouvoir le très contesté président pro-américain, Mikheil Saakachvili . Ce dernier, en s'attaquant à des citoyens ossètes dont l'écrasante majorité possède des passeports russes et réclame le rattachement de sa province du Sud à la Fédération de Russie, vient donc d'offrir à son puissant voisin l'occasion d'en découdre.

Rouge été, peur bleue

L'intervention militaire de Moscou dans un conflit a priori interne, et dans un Etat souverain, est pour le moins impopulaire en Occident. Ce n'est pas nouveau, la Russie est particulièrement incomprise par ses voisins d'Europe de l'Ouest et du Sud. Elle fait peur, jugée trop brutale, martiale, peu cordiale. La couverture par les médias occidentaux des dernières élections présidentielles russes témoigne de l'incapacité pour les journalistes, notamment français, de se défaire de leurs grilles de lecture autocentrées quand il s'agit d'aborder des questions liés à la démocratie, à ses multiples déclinaisons et à ses subtilités. La Russie n'est d'ailleurs pas le seul sujet de méprise puisque la perception européenne des questions intérieures chinoises et des conflits proche-Orientaux souffre souvent de grandes distorsions de la réalité.
Mais la Russie se moque que sa contre-offensive musclée dans le pays natal de Staline soit jugée "illégitime ", "impérialiste", voire "annexionniste", pourvu qu'elle contribue à préserver ses intérêts régionaux et serve d'avertissement à tous les pays européens qui, depuis dix ans et avec le soutien actif de Washington, se sont fixés un objectif clair : fragiliser la Russie et saper ses « efforts hégémoniques » sur l'ensemble d'un territoire jadis fédéré. Le Transvasement des pays de l'Est dans l'OTAN et dans l'UE, en plus de menacer l'influence russe et la construction d'une identité panslave sous son égide , porte un coup sévère aux projets communautaires déjà bien trop fragiles et trop lâches pour être réellement efficaces (la CEI et la CEEA). La Russie a en outre de solides raisons de garder une dent contre des Etats qui cherchent à contenir sa montée en puissance ( la construction de l'oléoduc BTC passant par Tbilissi sert à contourner le monopole énergétique russe et donc à diminuer la dépendance européenne), à l'humilier (en amputant à la Serbie s½ur une province/berceau historique de l'orthodoxie et de la nation serbe, riche en pétrole et minerais tels que la lignite, le tungstène et le zircon), ou à la défier militairement (en projetant d'installer des éléments d'un bouclier anti-missiles en Pologne et un radar en république Tchèque.
Les relations sont plus que jamais tendues entre Russes et Américains. La fin de la guerre froide ne ressemble finalement qu'à un intermède, nonobstant les piles de traités illusoires de désarmement et de non-prolifération des armes nucléaires. Ces «chiffons de papier » ont de toute façon rempli leur rôle : faire diversion tandis que la Russie et les Etats-Unis reprenaient (ou n'ont jamais stoppé) leur course à l'armement. En effet, ils restent à ce jour les plus grands producteurs et exportateurs d'ADM (armes de destruction massive), conventionnelles et non-conventionnelles, comprenant les BASM (bombes à sous-munitions), les bombes radiologiques et chimiques (à phosphore par exemple, notamment utilisées à Fallouja en 2004 par l'armée américaine et au Liban en 2006 par Israël), et ce, tout en préservant intactes leurs capacités de dissuasion nucléaire au mépris des traités de réduction des arsenaux nucléaires stratégiques ( START et SORT parmi les plus récents). Les USA possèdent environ 3000 ogives nucléaires inactives en stock et Israël (non signataire du TNP) entre 200 et 300 (en dehors d'ogives nucléaires tactiques par dizaines de milliers pour les deux pays alliés).
Bien que privée d'un alter ego de taille après la dislocation du bloc soviétique, l'Amérique n'a jamais rompu avec sa politique belliciste et interventionniste. Que ce soit en Serbie en 1999 pour justifier l'existence d'une gigantesque industrie militaire et l'utilité de l'OTAN, ou en Afghanistan (2002) et en Irak ( 91 et 2003) au nom de sa guerre globale contre le terrorisme, celle-ci a toujours su trouver de bonnes raisons de guerroyer. Avant de mettre à exécution son New deal proche-oriental, elle a tenté de remodeler les régions balkaniques et transcaucasiennes au milieu des années 90. Ses tentatives se sont soldées par des échecs. Ses opérations militaires – certes tactiquement réussies - contre la Serbie, ses manigances politiques (comme son soutien à l'indépendance du Kosovo déclarée unilatéralement) et l'offensive géorgienne téléguidée en sous-main par Washington, s'avèrent dangereuses sur le long terme pour la stabilité des régions concernées.

La stratégie de l'ours russe: doser entre brutalité et pragmatisme

Désormais, c'est avec encore plus de fermeté que la Russie utilisera tantôt l'arme énergétique tantôt l'arme militaire comme moyens de rétorsion contre ses anciennes nations fédérées récalcitrantes. Par le chantage énergétique, "l'Etat-GAZPROM" est parvenu à mettre au pas les régimes pro-occidentaux en Ukraine et en Géorgie.La Russie n'a pas non plus hésité à sanctionner les écarts de conduite d'alliés sûrs comme la Biélorussie. Et si ce levier de pression s'avère inefficace, Moscou se réserve le droit d'user de la manière forte. Tous ces anciens satellites dépendent en très grande partie des échanges commerciaux et de la distribution gazière russes. Avec le conflit géorgien, un nouveau pallier inquiétant vient d'être franchi.
La réaction violente de la Russie en Géorgie risque d'ailleurs de jouer en faveur des arguments des partisans de l'installation du dispositif de défense américain aux portes du maître moscovite.
De ce conflit, la Russie sort renforcée et, plus impériale que jamais, applique à merveille le fameux adage césarien "Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent". L'ours russe vient de signifier au monde qu'il est résolu à sortir ses griffes pour protéger son empire renaissant, qu'il est chez lui partout dans la région et peut y projeter ses forces quand bon lui semble. Message reçu.
Saakachvili, quant à lui, se pose en "victime courageuse de l'acharnement russe". Faut-il y voir un pas de plus vers la réalisation de son objectif final, à savoir l'intégration de la Géorgie dans l'UE et l'OTAN? Son pays vient en tous cas de trouver un motif légitime pour accélérer les négociations: se protéger des accès de colère et de l'ingérence du "bourreau russe". Mais les américains et les européens oseront-ils provoquer dans un avenir proche l'orgueilleuse Russie en poursuivant leur extension aux ex-pays membres du Pacte de Varsovie?
Bruxelles et Washington ont condamné cette guerre (qui aurait fait près de 1600 morts) mais aucun n'a envisagé d'intervenir militairement pour prêter main forte au régime de Saakachvili. Leur inertie ou leur impuissance (hors de l'agitation diplomatique) constitue un blanc-seing pour Moscou. L'Europe dépend trop de ses réserves gazières pour lui préférer le camp géorgien.
Par ailleurs, le rôle des américains dans ce conflit reste flou. Il paraît peu probable que le président géorgien ait eu à prendre seul une décision aussi périlleuse, sans en aviser ses plus proches alliés. Les États-Unis l'ont largement soutenu et constamment conseillé depuis son accession au pouvoir. Auraient-ils poussé le dirigeant géorgien à lancer délibérément cette attaque contre les séparatistes ossètes sans être quasiment certains que les forces russes stationnées dans la zone ne manqueraient pas de saisir la balle au bond?
Hypothèse difficilement tenable, compte tenu des nombreux indices de crises, des bruits de bottes, de la montée des tensions et de la multiplication des incidents survenus ces derniers mois entre forces russes et géorgiennes. Que Sakaachvili finisse martyr (une question de temps ?) pour faire de la Russie le paria de la communauté internationale serait politiquement profitable aux Américains. Quoiqu'il en soit, l'aventurisme américain (l'amateurisme?) ne peut qu'affaiblir ses avants-postes. Les Etats-unis ont certainement obtenu le résultat inverse de ce qu'ils escomptaient avant l'opération géorgienne. Ils viennent de commettre une grave erreur d'appréciation en replaçant la Russie dans une position stratégique plus que favorable.
La Russie est certes très tentée de déboulonner le régime géorgien actuel - qui s'est notamment illustré par ses dérives autoritaires vis à vis de ses minorités pro-russes - et de placer à la tête de l'Etat un de ses "yes men", mais elle hésite. Non pas par crainte de représailles militaires, mais parce qu'elle ne souhaite pas écorner son image internationale, altérer le climat de confiance avec ses partenaires économiques européens et donner encore plus de grain à moudre à un Saakachvili qui brandit "la violation inacceptable" de la souveraineté de son pays. Moscou a au moins profité de sa campagne militaire pour affaiblir la Géorgie, la transformer en une zone instable afin de freiner les projets d'investissements européens en cours et futurs, et n'a pas hésité à frapper son port pour perturber l'acheminement du pétrole etc. Moscou est d'accord pour que la Géorgie conserve sa souveraineté, mais à condition qu'elle ne puisse pas en faire grand chose ! S'il refuse de plier, Saakachvili devra tomber. Mais pas à n'importe quel prix, et si possible, pas directement de la main russe.

La route de Téhéran passe t-elle par Tbilissi?

Le contexte immédiat (caucasien) s'imbrique dans un cadre général marqué par la résurgence d'une vieille rivalité qui alimente des conflits armés indirects et transnationaux. Les combats russo-géorgiens entrent dans cette catégorie "indirecte". Il s'agit d'une courte bataille par procuration, d'une première manche « délocalisée » d'un plus grand conflit qui se prépare au Proche Orient ou alors, si l'on en croit la théorie de l'effet papillon, une sorte de retentissement de conflits inachevés et latents. C'est le cas d'Israël écrasé par le poids d'une défaite encore fraîche et par de lourdes incertitudes dont les effets déstabilisateurs sont loin d'être dissipés. Le bras de fer actuel n'est pas uniquement russo-géorgien, il est irano-israélien en deuxième niveau de lecture. En effet, les implications politiques et militaires, même indirectes, des acteurs de l'arène orientale sont réelles dans le Caucase, et inversement.
Ainsi, Washington et Israël reprochent à la Russie d'armer la Syrie et l'Iran (à qui il aurait déjà livré des batteries anti-aériennes moyenne et haute altitude TOR-M1 et S-300 réputées pour leur efficacité à plus de 90%). Quant à Israël, il est le premier fournisseur d'armes de la Géorgie malgré les mises en garde répétées de Moscou. Les chiffres officiels font état de 200 000 000 de dollars de livraison d'armes par an, comprenant des drones, des roquettes, des tourelles automatiques pour blindés, des systèmes anti-aériens et de communication, bien que les derniers événements aient, semble t-il, poussé l'Etat hébreu à imposer quelques restrictions dans les transferts d'armes. Pour l'État hébreu la défaite stratégique de son meilleur allié d'Europe de l'Est ( dont le ministre de la défense est lui-même originaire d'Israël) vient hélas s'ajouter au souvenir pénible de la débâcle de son armée au Liban il y a deux ans. La coopération militaire est soutenue entre les deux pays. L'entraînement de l'armée géorgienne par des soldats d'élite de Tsahal est une réalité dont s'enorgueillissait d'ailleurs dans les médias israéliens le même ministre géorgien. De toute évidence, ce ne sont pas les résultats de l'armée géorgienne qui vont mettre du baume au c½ur de l'appareil militaire israélien et le faire sortir du doute.
Dans le conflit proche-oriental qui se dessine, la Russie entrevoit l'opportunité d'obtenir indirectement sa revanche sur les États-Unis en cas d'attaque aérienne israélo-américaine contre l'Iran. Elle a tout à gagner à voir le système de défense iranien donner du fil à retordre à l'USAF (US Air Force). Les Russes n'ont certainement pas oublié le rôle des américains dans le fiasco de leur armée en Afghanistan, et la liste des frustrations accumulées et autres griefs (cités plus haut) ne sont pas de nature à réchauffer les relations entre les deux ennemis historiques. La stratégie américaine incohérente ne peut que pousser la Russie à se braquer au lieu d'en faire un allié et d'obtenir son soutien dans la neutralisation de l'Iran.


Chady H.A
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# Posté le mercredi 13 août 2008 00:19
Modifié le mardi 21 octobre 2008 03:44