La fin d'une histoire affective
L'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée représentait pour beaucoup de Français la promesse d'un dépoussiérage de leur diplomatie autant qu'une réaffirmation de ses constantes et de sa singularité. Une diplomatie indépendante et audacieuse, apte à redevenir le fer de lance d'une Europe qui peine à parler d'une seule voix et à se doter d'instruments diplomatiques solides.
Enfin, la France était sur le point de marquer son grand retour dans les grands dossiers internationaux après une période d'atonie, de tensions, de rivalités au sein de l'UMP et autres scandales (l'affaire Clearstream) qui scindaient la droite au pouvoir entre sarkozystes et chiraquistes/gaullistes de la première heure.
Les déçus de la politique proche-orientale de l'époque voulaient croire que Nicolas Sarkozy romprait avec les affectivités du président Chirac vis-à-vis du pays des cèdres, et en particulier de son grand ami disparu, le regretté Rafic Hariri. A n'en point douter, Jacques Chirac aime le Liban, pas uniquement parce qu'il y retrouve un peu du souffle généreux du leader sunnite, mais parce qu'il possède une qualité, la "mémoire historique" qui manque à son successeur. Le Liban dans ses frontières actuelles, est le produit de la France mandataire, à la fois son cadeau aux Libanais, une amputation/privation pour la Syrie et une lourde charge morale à endosser. Ses responsabilités, la France les a assumées, parfois maladroitement (notamment durant la guerre civile) tant il est vrai que le fonctionnement institutionnel du Liban hérité de la "Pax Francia", combiné aux particularités (et particularismes) dont est pétrie la conscience libanaise (si tant est qu'elle soit unique) et aux conjonctions d'intérêts divers, rendent sa problématique nationale complexe à appréhender. Les erreurs de jugement sont dès lors inévitables.
La politique arabe de Chirac a été globalement positive pour le Liban. Jusqu'à la mort de Hariri, Jacques Chirac ne s'est jamais défaussé. Mais son gaullisme lui, a été faussé, embrouillé quand les sentiments personnels, le chagrin et la colère ont pris le pas sur la realpolitik. Sur ces entrefaites, l'exclusion de la Syrie du débat proche-oriental a été sa plus grande erreur au Liban. Il en sera néanmoins excusé car c'est aussi pour ce sens aigu de la compassion et de la loyauté qu'il est justement aimé et respecté dans le monde arabe.
Alors que la situation locale et régionale empirait vers la fin de son mandat, Français et Libanais avaient impérativement besoin d'une nouvelle approche plus active, plus efficace, plus impartiale. Les partisans du "Courant du Futur" (parti sunnite anti-syrien fondé par Hariri) semblaient sereins et optimistes. Ils pressentaient que la position défendue par Nicolas Sarkozy s'inscrirait dans la continuité des réalisations chiraquiennes. Le nouveau président, réputé hyperactif, réaliste, libéral, atlantiste, donc a priori proche des intérêts sunnites et des positions "pro-occidentales" de la majorité anti-syrienne, lui apparaissait comme "l'homme de la situation". Ou plutôt, comme "l'homme de la punition", à même de donner un sérieux coup d'accélérateur au tribunal spécial qui doit (toujours) juger les responsables (supposés syriens, avec la participation des S.R libanais) de l'attentat ayant coûté la vie à Hariri et à d'autres personnalités anti-syriennes.
Déjà boudée par les régimes arabes sunnites (bien plus en raison de sa relation privilégiée avec l'Iran que des méthodes autoritaires qu'ils ont tous en partage), rejetée par l'Occident qui l'accusait de tous les maux (répression, ingérence, corruption, élimination de personnalités souverainistes au Liban); la Syrie n'avait plus qu'à faire ses prières: avec Nicolas Sarkozy et ses gros sabots au Proche-Orient, "l'ère de l'arbitraire et de l'impunité" prendrait définitivement fin.
Mais la majorité libanaise - qui n'en finit plus d'essuyer les camouflets depuis 2 ans - a vite déchanté. Au mois de Mai 2008, son sort n'était plus qu'entre les mains de ses miliciens sur le point d'être défaits par ceux de l'opposition. Ses mesures irréfléchies contre le Hezbollah - qui ont provoqué l'embrasement des rues de Beyrouth et de Tripoli - avaient très probablement été encouragées par Washington.
Lâchée par son parrain dont elle a visiblement surestimé l'attachement et la protection, livrée à elle-même et à peine soutenue verbalement [un soutien en tous cas bien moindre que celui apporté au gouvernement géorgien récemment ], la majorité ne devait son salut qu'à la médiation qatariote intervenue in extremis. Les émirats sunnites du Golfe étaient avant tout inquiets de voir un basculement du pouvoir en faveur des chiites du Hezbollah et du AMAL. Le gouvernement français est resté peu ou prou timoré, se contentant d'observer et d'appeler à un retour au calme. La décision finale revenait aux Américains, qui eux-mêmes ne semblaient pas trop éprouver le besoin de s'agiter. La perspective d'un "Etat-Hezbollah" donc d'un Liban officiellement décrété "entité hostile" et permettant à Israël d'avoir les coudées franches, n'était pas pour leur déplaire.
La solitude de l'Ouroboros anti-syrien
L'actuel numéro 1 français a beau être issu des mêmes rangs que jacques Chirac, il peut difficilement en partager la libanophilie et le gaullisme intégral tout en se piquant d'être un fervent atlantiste et un pro-israélien adoubé par Washington, au risque de sombrer dans la schizophrénie. Les Libanais de tous bords politiques finiront par intégrer que la perpétuation d'une tradition gaulliste vis-à-vis du pays des cèdres et du monde arabe est révolue. Et c'est encore plus vrai concernant l'exclusivisme haririen dans lequel le chiraquisme a fini par verser. Il suffit de réentendre les déclarations de Nicolas Sarkozy alors candidat à la présidence au plus fort de la guerre de 2006 pour s'en convaincre. Désormais, Nicolas Sarkozy veut parer au plus urgent et au plus médiatique: la question iranienne. Le nouvel engagement français au Proche-Orient ne vaut que pour la (potentielle) amélioration des garanties de sécurité d'Israël. La France articule avant tout sa politique étrangère de manière à rester dans les bonnes grâces de Washington et de l'État hébreu. C'est une diplomatie d'appoint, active (ou pleine de pantalonnades), volontaire en façade mais vidée de sa philosophie originelle. Le "dialogue utile"(sic) que le président français a souhaité poursuivre avec Bashar el Assad a pour objectif l'entame de négociations directes entre Damas et Tel Aviv sous l'égide de Paris, afin de priver le Hezbollah d'un allié stratégique de poids (les convois d'armes provenant d'Iran transitent par le territoire syrien) et de couper la seule courroie de transmission de l'Iran dans le croissant fertile. Ainsi privé de ses "transfusions", le Hezbollah verrait, en cas de guerre, ses stocks d'armes s'épuiser au bout de quelques mois au grand bénéfice d'Israël.
La majorité anti-syrienne peut difficilement protester face au resserrement des liens franco-syriens. La France, en montrant que le dialogue "amical" est possible avec la Syrie, humilie et entame un peu plus la crédibilité d'un camp libanais qui soutenait que Damas ne connaissait que le langage de la mort et de la tyrannie pour justifier sa position intraitable. Le sentiment actuel des Libanais anti-syriens est ambivalent dans la mesure où une normalisation des relations entre la Syrie et l'Europe est de nature à mettre le régime au pied du mur, à l'acculer à tenir ses quelques engagements pris. Des poignées de main qui, comme l'espère la majorité (mais sans illusions), pourraient ajouter une pression supplémentaire sur la Syrie quant à son concours dans la stratégie de défense infra-étatique du Hezbollah. Mais d'un autre côté, ces nouvelles relations décomplexées et apaisées sont de nature à éluder les questions qui fâchent, et en l'occurrence à renvoyer le Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) aux calendes grecques.
Au Liban, l'anti-syrianisme primaire et furibond a fait son temps. Faute d'avoir pu se renouveler après la "révolution du cèdre", la majorité s'est enfermée dans un cycle autodestructeur amorcé à partir du début 2006, la faisant ressembler au symbole du "serpent qui se mord la queue".
La paranoïa, en constituant le seul argument politique, a conduit à l'intransigeance, au piétinement puis à la dislocation. Le gouvernement réduisait l'opposition à "une cinquième colonne syrienne", oblitérant de facto sa libanité, répudiant ses idées, mettant constamment en doute sa sincérité et son honnêteté. Chaque proposition de sortie de crise émanant de l'opposition essuyait systématiquement un refus. L'argument anti-syrien des souverainistes tournait à l'hystérie et une spirale autocratique commençait à en pervertir les principes. Le choix se jouait donc entre une mort subite ou une mort lente. Seule une explosion pouvait mettre fin, d'une façon ou d'une autre, à cette mécanique infernale qui tournait sur elle-même. Peut-être la majorité tablait-elle sur un scénario à la "1958" qui aurait vu le débordement et la "tentative de putsch" contre son gouvernement "démocratique" précipiter l'entrée des troupes américaines (et peut-être françaises) à Beyrouth. Mal lui en a pris.
Ses leaders ont fini par comprendre d'une part, qu'ils ne sont que des pions interchangeables dans la stratégie régionale des Américains et de leurs alliés. Et d'autre part que le système (absurde et archaïque) de "démocratie consensuelle" qu'ils défendent ne saurait autoriser l'exclusion de la moitié de la population de la politique nationale. Comme les Libanais - traditionnellement peu démocrates dans leur ensemble, mais indéniablement communautaristes, confessionnalistes et localistes - , ne sont pas prêts à accepter l'introduction dans la constitution du suffrage universel direct (pourtant proposé par l'opposition pour sortir de l'impasse); le choix d'un gouvernement d'union nationale s'impose donc de lui-même. Il leur faut, bon gré mal gré, composer, cohabiter avec des adversaires politiques qui pensent différemment (c'est le premier principe démocratique). Or avant les accords de Doha, s'opposer au pouvoir anti-syrien revenait, selon ses partisans, à faire le jeu de la Syrie. L'opposition n'avait que le droit de se taire puisqu'elle était l'alliée des "forces du mal". Elle se compose pourtant d'une masse hétéroclite de Libanais, dont une partie soutient idéologiquement Damas (tels les partisans du PSNS - "Parti Social Nationaliste Syrien"), et l'autre accepte plus ou moins de maintenir de bonnes relations avec son voisin sous certaines conditions et sans renier l'identité libanaise. Leur position à la fois nationale, panarabe ou équidistante ne saurait suffire à remettre en question (ou nier) leur attachement à leur pays. Il aura fallu que l'interminable crise politique culmine dans une confrontation armée pour que le bloc anti-syrien accepte enfin le retour d'un pluralisme équilibré, exigence légitime de l'opposition.
Jeu de dupes
Interrogés par France 24, certains spécialistes de l'Hexagone livrent leur analyse de la visite du président Sarkozy prévue le 3 et 4 septembre. Bassam Tahan, professeur syrien de géopolitique à "l'Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, en donne une vision très idéaliste, convenue et nostalgique: "Nicolas Sarkozy démontre, par cette visite, qu'il est plus gaulliste que son prédécesseur, dans le sens où il s'inscrit davantage dans l'histoire de la politique arabe de la France. Influencé par ses sentiments personnels au lendemain l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, Jacques Chirac a commis une erreur en tournant le dos à Damas, pourtant incontournable au Moyen-Orient. C'est l'analyse qui en a été faite à l'Elysée. Et cette ouverture, insufflée par Nicolas Sarkozy, a fini par réconcilier la population syrienne avec la France ».
Le politologue libanais Joseph Barout (destiné à prendre la relève du consultant télévisuel Antoine Sfeir?) se veut lui aussi rassurant et insiste sur la forme : "le Liban n'a pas à craindre un réchauffement franco-syrien, puisqu'il n'en tire que des bénéfices depuis les accords de Doha qui ont facilité l'élection de Michel Sleimane à la présidence. Le changement de style syrien était manifeste pendant la visite du président libanais à Damas". Certes, mais le style est une chose, le fond en est une autre. L'optimisme de Bahout ne va probablement pas suffire à effacer les sourires jaunes face caméra et les vitupérations off line des cadors de la majorité anti-syrienne dans les antichambres du Grand Sérail. Ils doivent encore se demander ce que mijote le maître damascène.
Frédéric Encel, docteur en géopolitique, insiste davantage sur la dissymétrie des intérêts et croit y voir un pari risqué de la part du président français. Selon lui, le soutien syrien à la Russie "complique lourdement la tâche de Nicolas Sarkozy face à ses alliés occidentaux, sceptiques quant à son ouverture vers la Syrie. La France a tout donné à Bachar al-Assad en le réintégrant dans le concert des nations. Pourtant, mises à part quelques avancées éventuelles sur le dossier libanais, la Syrie, qui a, en revanche, besoin des missiles russes, n'a rien à offrir à la France."
Il n'est pas nécessaire d'être spécialiste des régimes et des philosophies politiques pour convenir qu'il n'y a absolument pas la moindre once de gaullisme dans la démarche de Nicolas Sarkozy. En 1966, le Général de Gaulle savait ce qu'il faisait en retirant la France du commandement militaire intégré de l'OTAN. D'ici 2009, le président Sarkozy compte bien la réintégrer officiellement dans cette structure. Un hommage rendu peut-être à la vision de la défense nationale et du rayonnement des valeurs françaises du Général?
Ces lectures de la situation révèlent une vision basique de la pensée et de l'action gaullienne, en plus de sous-estimer les incitations de Washington et l'appui européen à Paris. Le président Sarkozy joue simplement sa partition dans une stratégie américaine d'isolement de l'Iran. L'objectif n'est évidemment pas le bien-être et l'indépendance du Liban contrairement aux propos du ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui conditionnait ce rapprochement aux efforts syriens vis-à-vis du Liban. Aujourd'hui, ce ne sont pas les quelques paroles de soutien de la Syrie à la Russie (dont les relations avec l'Union Européenne reviendront, à n'en point douter, très bientôt au beau fixe) qui dérangent, mais bien l'alliance Syrie-Iran.
La Syrie sait ce que l'on attend d'elle, et ça ne coûte rien au président Bashar el Assad d'aller sourire aux Français puis de soutenir le dirigeant russe après une escale à Téhéran. Jouer sur tous les tableaux, brouiller les pistes est une spécialité de ce régime. La Syrie louvoie entre les opportunités et les écueils. Ce caractère incernable explique la longévité du baa'th syrien là où la diplomatie de son ancien faux-frère irakien a échoué. Si les cérémonials (ouverture de représentations diplomatiques syro-libanaises par exemple) plaisent aux pays européens, pourquoi les en priver? Surtout si cette concession réhabilite le pouvoir syrien à moindre frais. Une reconnaissance orale de la souveraineté libanaise ne conduit pas, dans les faits, le régime syrien à considérer ce pays comme un État distinct, indépendant et viable et à ne plus agir dans l'ombre. Le Liban est un agglomérat de communautés-partis confessionnels avant tout. Son identité nationale est toujours en construction et le statut d'une portion de ses frontières physiques attend d'être clairement fixé. La Syrie peut compter sur ses loyautés au Liban et dispose d'une capacité de nuisance qu'elle utilisera au besoin, si elle estime que ses intérêts y sont menacés. Inversement, ce sont les loyautés multiples qui habitent les consciences arabes bien avant le découpage des frontières au XXeme siècle, qui font que le nationalisme est compris différemment par tous les Libanais et permettra longtemps à la Syrie de garder son statut officieux de "grande s½ur" ou "tutrice" du Liban.
Washington souffle le chaud et le froid, avec la participation française
Washington et l'Élysée travaillent de concert pour prouver à la communauté internationale qu'ils "tentent tout ce qui est diplomatiquement possible" jusqu'au bout, n'hésitant plus à prendre langue avec des régimes aux "méthodes douteuses" dans l'espoir de les ramener vers le droit chemin. La stratégie française est une diversion approuvée par les Américains. Ceux-ci souhaitent se détacher d'une image de "va-t-en guerre" avant d'y retourner justement avec la bénédiction des opinions européennes cette fois-ci. La stratégie médiatique adoptée consiste à faire croire qu'une attaque contre l'Iran est un « ultime recours désespéré » alors que celle-ci est déjà programmée et activement préparée par Washington, Israël et leurs ennemis. La duplicité n'est pas seulement syrienne. Depuis quelques mois, les israéliens jouent le jeu. La presse israélienne se fait volontiers l'écho d'une Amérique tantôt "raisonnable et réfléchie" qui tente par exemple de "freiner" les élans de son protégé israélien contre l'Iran (cela "expliquerait" selon ces journaux, le retard dans la livraison de nouvelles armes, dont le fameux chasseur F-35); et une Amérique tantôt martiale, ferme, menaçante, évoquant sanctions supplémentaires et la force si nécessaire. Nicolas Sarkozy apporte sa pierre à l'édifice. Ce dernier est connu pour aimer se glisser dans la peau de "l'homme qui est là où on ne l'attend pas, et qui ose faire bouger les lignes ou les positions figées". Chacun trouve sa place dans ce manège diplomatique.
Les Américains jouent à merveille leur rôle traditionnel " de puissance-gendarme qui ne transige pas sur les principes" et font presque passer le président Sarkozy pour un "grand naïf idéaliste et permissif". Ce feint scepticisme par rapport à l'initiative française qu'ils n'hésitent pas à critiquer du bout des lèvres, sert à les rendre plus crédibles. Aucun des deux alliés n'ignore que l'euphorie de la Syrie (tout sourire d'être de retour sur la scène internationale) ne durera qu'un temps ou, en tout état de cause, ne suffira pas à l'éloigner définitivement de l'Iran (avec qui elle a signé un pacte de défense mutuelle il y a deux ans) et à la détourner des nombreux intérêts objectifs qui les lient dans la région. Ils temporisent encore un peu avant une confrontation finale contre le Hezbollah et l'Iran qui est d'autant plus souhaitable que la trêve actuelle renforce considérablement leurs capacités. Le conflit est même inévitable, sachant que la question du nucléaire est tournée de manière à ce que Téhéran reste inflexible.
La Syrie, entre rêve et réalité
La Syrie a compris que la guerre des nerfs n'empêche pas le business: l'Iran a beau être dans la ligne de mire des américains en poursuivant l'enrichissement d'uranium et en renforçant son arsenal balistique et sa défense anti-aérienne, les contrats le liant avec la Chine, la Russie, le Vénézuela et d'autres pays d'Asie, d'Europe et d'Amérique latine n'ont pas été remis en cause. Il a invité le Brésil à rejoindre l'OPEP et a signé au mois d'août avec l'Allemagne un contrat de construction d'usines à gaz via le transfert d'équipements high-tech fabriqués par la firme allemande "Steiner". Ce qui n'a pas manqué de provoquer l'ire d'Israël. Pourquoi la Syrie, alors qu'elle n'a pas (officiellement) de visée nucléaire, devrait-elle être plus isolée que l'Iran?
Parallèlement à cette légère ouverture, la Syrie tient à conserver ses acquis. Les prouesses militaires du Hezbollah poussent la Syrie à réfléchir avant de quitter un front antisioniste qui a retrouvé sa crédibilité auprès de la rue arabe. Elle se met à rêver depuis 2006 des gains politiques considérables qu'une nouvelle défaite d'Israël, promise par le Hezbollah, pourrait susciter. Elle ne voudrait certainement pas être hors-jeu, se priver d'un tel prestige, laisser la milice libanaise et l'Iran engranger tous les bénéfices et l'éclipser. Les dernières déclarations d'El Assad relativisant la force d'Israël et invitant les arabes à soutenir la résistance, prouvent bien que son régime est conscient qu'il lui reste encore bien des cartes à jouer avant d'abandonner ses alliés chiites. Leur victoire pourrait contribuer indirectement à faire renaître le Baa'th et à faire de l'ombre à tous les "régimes arabes du déshonneur". La Syrie se préparerait également à l'éventualité d'une guerre dans les prochains mois et aurait acquis de nouvelles batteries anti-aériennes et missiles. Mais nul ne peut prévoir pour l'heure si une (contre) offensive coordonnée conjointement par la Syrie et le Hezbollah aura lieu. Ce serait bien la première fois depuis 35 ans que la Syrie s'engagerait dans une confrontation directe avec Israël. Elle calcule les gains et pertes. En cas de défaite du Hezbollah - et d'un Liban ravagé -, l'abstention ou la position "neutre" de la Syrie avant le début des hostilités pourrait lui permettre de retrouver un rôle de "protectrice" du Liban, avec la bénédiction de l'Occident. Elle a donc deux possibilités:
être belligérante et en cas de victoire de la résistance contre Israël, en tirer gloire, honneur et un statut enviable de "seul Etat arabe nationaliste insoumis et victorieux" pour très longtemps. Ou alors être belligérante et en cas de défaite, tout perdre: son armée, ses alliances arabes, ses rares partenariats occidentaux et jusqu'à son régime et la possibilité de remettre un jour le Liban sous sa tutelle. Elle jouerait donc à quitte ou double.
Dans l'immédiat, F. Encel précise à juste titre que la France n'a rien à gagner de la Syrie. "Rien", hormis un souhaitable (mais peu probable) effritement du fameux "front du refus", rêve inespéré, à l'heure où les Américains, les Israéliens et surtout les pays arabes sunnites féaux, prennent ombrage de la popularité et de la force grandissante de la résistance chiite (Hezbollah-Iran, avec le soutien du régime alaouite syrien) et de son potentiel subversif dans la région.
Le rapprochement avec la Syrie offre en tous cas à Nicolas Sarkozy de quoi illustrer l'idée vertueuse selon laquelle les "grandes nations libres et démocratiques" font toujours la guerre à l'autre bout du monde en dernier ressort et à contre-c½ur.
Chady H.A